Fontevraud, dans les secrets d’une abbaye royale

Dans le val de Loire, à quelques kilomètres de Saumur et des châteaux courus par les touristes du monde entier, un site presque millénaire conte son histoire surprenante, révèle son incroyable destin et ouvre les portes vers le futur.

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Le point commun entre Michel Sardou et Aliénor d’Aquitaine ? Fontevraud ! Le chanteur y a passé une partie de son service militaire (Le rire du sergent, est un clin d’œil au régiment des dragons de Fontevraud) et la reine de France et d’Angleterre repose dans l’impressionnante église abbatiale, aussi majestueuse qu’une cathédrale.

Bienvenue à Fontevraud, la fontaine d’Evraud, brigand de grand chemin qui y aurait trouvé refuge avec ses comparses.

Mais le grand livre d’histoire du site s’ouvre en l’an 1101 avec l’arrivée de Robert d’Abrissel, personnage à la réputation sulfureuse : il aimait beaucoup les femmes. Mais c’était aussi un incroyable prédicateur qui se déplaçait suivie d’une horde de femmes, d’hommes, riches et pauvres. Pour mettre un terme à ces pérégrinations, et profiter de ses talents d’orateur, le pape Urbain II lui a ordonné de fonder un monastère sur les vastes terres offertes généreusement par  les têtes couronnées, aux confins des provinces du Poitou, de l’Anjou et de la Touraine. 
Entraîné par sa nouvelle ferveur, Robert d’Abrissel ne fonda pas un mais quatre monastères en veillant à séparer les hommes et les femmes, les riches et les pauvres.

 Au cœur de ce vaste ensemble monastique, le bâtiment du  « Grand-Moustier » ou de « Marie » où vivaient les religieuses riches et issues de la noblesse. Les journées de ces sœurs contemplatives  étaient consacrées à la prière.
« Marie-Madeleine » accueillait les veuves, d’anciennes prostituées, des filles-mères.  Les sœurs converses ne priaient que 3 heures par jour, le reste du temps était occupé par le travail dans les champs, la cuisine, la lessive…
Un peu à l’écart, « Saint-Lazare » était occupé par les sœurs désignées pour soigner les lépreux des alentours.
Quant au quatrième monastère, « Saint-Jean-de -l’Habit », à l’extérieur de l’enceinte, il accueillait des moines.
Pour diriger tout ce petit monde, Robert d’Abrissel a nommé une abbesse. En tout, 36 abbesses ont veillé sur la destinée de Fontevraud, abbaye chérie et protégée par la noblesse et tout particulièrement les Plantagenêt.
 Les gisants d’Aliénor d’Aquitaine, d’Henri II et de leur fils Richard Cœur de lion semblent d’ailleurs toujours monter la garde dans la vaste nef de l’église abbatiale.
Le petit palais de l’abbesse Montespan témoigne aussi de la vie culturelle menée par les abbesses de sang royal. Au 16e siècle, le monastère abritait même un pensionnat pour les filles de sang royal.

Jusqu’à 300 religieuses vivaient, travaillaient, priaient à Fontevraud.
Mais la révolution a mis un terme brutal à la vie florissante de cette petite cité monacale. Les saintes femmes furent chassées, le monastère des hommes  à l’extérieur des murs, démantelé pour en récupérer les pierres..
En 1804, Napoléon Ier  transformé le site entier en prison à l’instar de Clairvaux ou encore du Mont Saint Michel.  Fontevraud était la pire de toutes, l’espérance de vie de ceux (et celles) qui y rentraient, n’étaient que de deux ans... Paradoxalement, c’est dette deuxième vie qui a certainement sauvé Fontevraud de la destruction…

La reconstruction

Dès 1840 Prosper Mérimée  fait protéger le site en tant que monument historique, un des premiers en France.
Avant de quitter la prison qui ferme définitivement ses portes  en 1963, les derniers prisonniers auront débuté les travaux de rénovation et restauré environ 5% du site.
 En 1975, le Centre culturel de l’Ouest lance le début de la médiation patrimoniale, culturelle et touristique de Fontevraud. L’Abbaye se tourne alors résolument vers la création, avec pour objectif de valoriser son patrimoine exceptionnel. Rapprocher l’univers de l’art et de l’histoire et celui des nouvelles technologies, relier l’architecture et la réalité virtuelle, telle est la vocation de Fontevraud.
L’abbaye et les arts ont tissé une histoire qui se renouvelle de saisons en saisons. La musique fait dialoguer musique classique et création contemporaine, musique du monde et références populaires.
Le cinéma d’animation et d’autres expressions artistiques telles que le théâtre, le conte, les arts plastiques, la danse, trouvent en Fontevraud un écrin où s’épanouir. Certaines œuvres se font discrètes comme cette œuvre de François Maltais dans la chapelle Saint-Benoît, afin de ne pas troubler le silence imposé jadis aux prisonniers dans ce lieu.

 En 2014, le prieuré Saint-Lazare trouve une nouvelle vocation avec l’ouverture d’un hôtel design  à l’élégance épurée

Une ancienne chapelle accueille le bar après avoir été le cabinet d’un arracheur de dents…

Les tables d’un restaurant gastronomique redonnent vie à un des cloitres (le chef Thibaut Ruggeri a obtenu une étoile Michelin en 2017).

Voyage dans le temps

Pour bien profiter de la visite, mieux vaut se documenter auparavant, prendre un audio guide ou, encore mieux, suivre une visite guidée.
L’intérieur dépouillé des différents édifices peut dérouter mais permet, en prenant un peu de temps et en laissant vagabonder son esprit, de mieux s’imprégner de l’histoire mouvementée de ce beau site.
Alors, prenez le temps et installez-vous sur un des nombreux bancs qui invitent au repos.
 En laissant votre regard embrasser paresseusement les plantes du jardin des simples (il est permis de grignoter les petits fruits et autres tomates cerises),

en laissant vagabonder librement votre esprit, peut-être entendrez-vous alors dans le murmure de la fontaine, les prières incessantes qui ont résonné pendant sept siècles dans ce lieu et abreuvant ses habitantes de la parole des Écritures 

Si vous dormez à l’hôtel ou dinez au restaurant, vous bénéficiez d’un privilège rare : la découverte de Fontevraud de nuit.

L’église abbatiale parait immense dans sa simplicité d’un blanc presque immaculé où , seule un bout d’une fresque rappelle le temps de sa splendeur d’antan. 

Observez les quatre gisants : Aliénor ne prend pas la pose d’une morte, elle semble lire, témoignant de son "érudité".  Sa sépulture est plus haute que celle de son époux Henri II. Une petite vengeance post mortem sans doute ?

Quelques marques dans les murs rappellent les planchers intermédiaires qui ont supporté des cellules, des ateliers des prisonniers. Oseriez-vous descendre dans la crypte, petite nécropole de l’abbaye ?
Dans un des nombreux cloîtres, posez-vous sur un muret et attendez. Laissez-vous imprégner par le silence profond qui y règne. Si la silhouette d’ une religieuse disparaissait au fond du couloir, vous ne seriez même pas surpris. 

Dans les salles, les installations artistiques, admirées de jour, prennent une autre dimension, réveillant votre imaginaire.

En vous réinstallant dans une des barques noires surplombées par d’innombrables bâtons en verre rouge au tintement un brin psychédélique, le titre de l’œuvre « Mort en été », revient vous hanter.

La descente dans le souterrain où Julien SALAUD a tissé ses toiles autour d’une effraie qui déploie ses ailes, peut angoisser….

Hervé vous dira que j’exagère. Sûrement, mais c’est ainsi que j’ai vécu cette visite nocturne et mon sommeil fut peuplé de rêves étranges…

Ce lieu où se sont croisés tant d’hommes et de femmes au fil de neuf cents siècles, où tant de destins ont laissé leur empreinte, dégage une sérénité certaine, malgré l’horreur qui y a régné pendant une certaine époque. 

L’abbaye  vit maintenant pleinement avec son temps. L’ancienne manufacture où les prisonniers fabriquaient des fournitures pour l’armée, accueille le pôle énergétique du site, avec deux chaudières à granules de bois de la région, un pôle technique avec un composteur high tech. 

La salle des machines avec un « time-line » de sa construction peut déjà être visitée..

On s’y croirait dans une installation artistique avec des jeux de lumières.

Dans tous ces travaux de développement et d’aménagement, l’abbaye se soucie également de la faune et de la flore afin de devenir un haut lieu de la préservation du patrimoine naturel.

INFOS

Abbaye royale, 49 590 Fontevraud l’Abbaye.
Tarifs : 11 €/7,50 € (8 à 18 ans).
Audio guide ou visite guidée : + 4,50 €.
Toutes les infos sur www.fontevraud.fr