Cézanne s’expose à Karlsruhe en Allemagne

C’est une exposition exceptionnelle qui se tient actuellement au musée « Kunstmuseum » à Karlsruhe. « Métamorphoses » est dédiée à l’un des plus grands peintres français du XIXe siècle et donne un coup de projecteur insolite sur l’œuvre de Paul Cézanne. L’exposition permet de mieux comprendre le processus de la création, de la transformation, de la transition.

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Les expositions sur Paul Cézanne (1839-1906) se suivent – mais ne se ressemblent pas. Un des plus importants musées d’Allemagne, la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe (ville allemande près de la frontière avec l’Alsace),

a rassemblé cent chefs d’œuvres issues de collections prestigieuses. La disposition des tableaux, dessins et aquarelles peut surprendre le non-initié. Elle ne suit pas un ordre chronologique et n’est pas non plus centrée sur une thématique en particulier. Des portraits côtoient des paysages et des natures mortes, des dessins mènent vers une peinture…

Trois volets offrent une vision globale de l’œuvre de Paul Cézanne :
-    Une chronologie non linéaire : l’exposition montre le travail de Cézanne sur ses motifs préférés, les liens qui unissent ses portraits, les paysages et les natures mortes.
-    La copie et la métamorphose : Paul Cézanne s’est réapproprié les grands maîtres de la peinture et de la sculpture. L’exposition montre la métamorphose des sujets qui l’ont inspiré.
-    Le double sens : la dissolution de la matérialité des objets

Pour faire simple : sous le thème de la « métamorphose », l’art de Cézanne se dévoile sous l’angle de transformations : montrer comment la main de l’artiste adapte ce que son œil a vu, ce qui l’inspire dans les œuvres des grands maîtres comme Rubens, le Greco ou encore Delacroix.
Relever aussi sa façon de réinterpréter les objets comme ce simple torchon de cuisine qui évoque une montagne.

Celui qui souhaitait renouveler la peinture fondée sur l’art classique, est considéré comme l’un des plus importants précurseurs de l’art moderne.
Une visite guidée avec l’excellente Tamara fait vite oublier les aspects techniques mûrement réfléchis par les experts de l’exposition pour n’en faire ressortir que le plaisir, même pour un visiteur néophyte.

Dès l’entrée, Paul Cézanne nous accueille en personne. Enfin, presque. Par le biais d’une photographie en noir et blanc, le peintre sort de l’abstrait pour devenir un homme. Un artiste, certes, mais un homme tout de même, avec toutes ses particularités.
Au cours de la visite, Tamara les relève. Souvent classé comme « impressionniste », Cézanne ne l’était pas tout à fait. « Les impressionnistes aimaient sortir, peindre rapidement en plein air. Cézanne aussi sortait, mais ensuite il rentrait dans son atelier pour commencer le long, parfois très long, processus de la création. Son collègue Guillaumin lui a même prêté une toile qu’il a réinterprétée à sa façon, en donnant plus d’importance aux formes en les soulignant d’un trait noir. »

C’était aussi un homme très prude qui ne tolérait pas de femmes nues dans son atelier. D’ailleurs, réalisant ses tableaux avec une extrême lenteur, personne n’aurait voulu poser pour lui ! Comment a-t-il fait alors pour peindre ses belle baigneuses ?

Sa source d’inspiration, Cézanne la trouvait dans l’étude d’œuvres de l’histoire de l’art. Ainsi, la déesse de la guerre Bellona de Rubens se retrouve dans son tableau de la Tentation de saint Antoine ainsi que dans les « baigneuses ». La copie était pour lui un important moyen de réflexion et de création.

Ses personnages surprennent d’ailleurs. Comme il n’était pas obligé de vendre pour vivre, il n’attachait aucune importance à embellir son sujet. Vu sa lenteur, qui aurait voulu lui commander un portrait ?
C’est donc  souvent sa femme Hortense qui lui servait de modèle. Il ne cherchait d’ailleurs nullement à rendre belle. Et pourtant le tableau est beau avec les lignes harmonieuses du visage, des épaules.

Il n’y a que ses mains qui détonnent dans cette harmonie. Cézanne n’aurait-il pas su peindre les mains ? « Rien à voir, explique Tamara. Cézanne n’aimait pas peindre les mains car il n’aimait pas les toucher.

Alors regardez les personnages qu’il peint : les mains sont généralement dissimulées ou ne ressemblent à rien. Même sur son autoportrait il cache sa main droite derrière la palette !

Comme les modèles n’avaient pas de patience, et que même la nature osait changer au fil des saisons, Cézanne avait une prédilection pour les natures mortes. Mais il ne les peignait pas comme ses compatriotes !
L’œuvre de celui qui disait » avec une pomme je vais étonner Paris ! » ne correspondait pas aux images très réalistes du Salon de Paris. Car si ses personnages semblent figés, ses natures mortes semblent animées d’une vie propre.

Ce manteau jeté négligemment sur une chaise évoque sa montagne fétiche Sainte Victoire. Les crânes et les pommes qu’il immortalisait dans la quiétude de son atelier à Aix-en-Provence, semblent animés d’une vie intérieure.

Dans toute l’exposition, on ne trouve que deux tableaux qui sont signés. « Paul Cézanne ne signait jamais ses œuvres puisqu’il ne les vendait pas. C’est l’argent de son père qui lui a assuré son existence et ses peintures ne correspondaient pas vraiment au goût de l’époque ». Mais ces deux tableaux non plus n’ont pas été acceptés au Salon de Paris…

Après cette visite guidée qui a su si bien évoquer l’homme derrière l’artiste, faire comprendre les bases  de son œuvre, un petit retour  dans les salles s’impose afin d’approfondir ses nouvelles connaissances. Observer les dessins, esquisses, huiles et aquarelles d’un œil nouveau.

 

Reconnaître la façon de peindre si typique de Cézanne, les coups de pinceau en parallèle, les couleurs qui se fondent en douceur les unes dans les autres. Sentir toute la magie qui s’en dégage comme le chantait si bien France Gall :
« Cézanne peint, il laisse s’accomplir la magie de ses mains… et il éclaire le monde pour nos yeux qui n’y voient rien… si le bonheur existe, c’est une épreuve d’artiste… Cézanne peint… »

Infos

www.karlsruhe-tourismus.de


« CEZANNE. Métamorphoses »,  jusqu’au 11 février, tous les jours sauf lundi, de 10 h à 18 h (21 h jeudi)
Staatliche Kunsthalle, Hans-Thoma-Straße 2-6, D-76133 Karlsruhe, joignable par train et tram ; tél. 00 49 721 926 26 96
www.cezanne-in-karlsruhe.de/fr

Tarif : 12 €
Forfait avec une nuit à l’hôtel : à partir de 80 € par personne en chambre double ;
tél. 00 49 721 3720 5383
www.kunsthalle-karlsruhe.de